"La bohème, ça voulait dire on est heureux..." et pour Francis c'est cette vie qu'il avait choisie pendant dix années, pas qu'aujourd'hui le bonheur l'ait abandonné mais, désormais sédentaire et chef de tribu, soudé à ses outils dans son atelier de la Venise verte, il a laissé derrière lui les pistes du Dakar et les paddocks des grands prix moto.
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Ce mécanicien saltimbanque ne laisse pas indifférent, aussi timide et réservé que passionné et méticuleux, il possède un savoir qui ne se trouve pas dans les revues techniques. " Les pistes du Dakar, c'est l'art de la débrouille. Les GP, celui de la technique et de la rigueur."
Ce gars-là sait tout faire. Rien ne lui est impossible, davantage à se torturer les méninges pour créer la pièce qui va bien qu'à feuilleter les pages de catalogues aftermarket ! Un vrai mécanicien au sens noble, j'ai un profond respect pour Francis, c'est toujours un plaisir de lui rendre visite dans son univers, cet immense bâtiment industriel, que dis-je, cette forteresse ! Une ancienne laiterie reconvertie en temple de la mécanique. Les machines du taulier, pièces chinées prenant la poussière, photos et vieux posters sont autant de témoignages, de souvenirs qui font toute l'authenticité des lieux !
Amoureux des machines de caractère, c'est presque "naturellement" qu'il trouve chez Harley Davidson matière à quelques délires. Déjà possésseur d'une Buell S1 et d'un FXR plutôt tapé, sa dernière création personnelle est un 883 orienté scrambler qu'il a offert à Céline, son épouse.

La création n'a de sens que lorsqu'elle ne connaît pas d'entraves. C'est donc les mains libres et l'esprit clair qu'il attaque le désossement d'un 883 (un fameux boîte 4) qui se la coulait douce remisé sous un bâche, là au fond d'une cour de ferme charentaise. Sept ans (de réflexion) à subir les outrages du temps... C'est le (encore) bon état de la mécanique qui eut raison de la retraite que n'avait pas méritée ce Sportster !
Comme souvent pour ses machines perso, la démarche est celle d'un budget "low cost" en réutilisant un max de pièces issues de son trésor de guerre amassé au fildes ans, couplé à un peu de pressage de citron et à beaucoup d'huile de coude !
Avant de se la jouer Mc Queen et de rêver de grande évasion, il a fallu commencer par un grand nettoyage. Le moteur est soigneusement inspecté et remonté, retrouvant un peu de sa superbe avec ses carters époxiés et avec un carbu Mikuni de 40. Moteur et partie cycle (exceptée la boucle arrière) quasi stock, mais en faut-il davantage pour métamorphoser un scrambler des villes en Sportster des champs ?

Notre homme connaît son sujet et le maîtrise, un choix de pièces judicieux : les jantes en 19 pouces et leurs pneus résolument rétro, les garde-boue d'anglaise, le guidon Tracker XLX, les tubulures Supertrapp façon XR et silencieux Mégaton assemblés donnent un nouveau visage à cette monture.
Au final c'est le réservoir qui demandera autant de temps et d'attention à lui seul que toute la partie cycle ! Feu propriété d'une Terrot des époques, le bidon n'imaginait pas un jour contenir du sans-plomb ! Francis l'étire, le rabaisse, le triture jusqu'à ce qu'il trouve sa place sur le châssis Harley, fantastique (le Plastik !). Et comble de sophistication pour ce bidon de plus de cinquante ans : la jauge externe. C'est beau le modernisme !

Notre artiste gardant à l'esprit que c'est la moto de Madame (bien que le voisinage rapporte que c'est souvent Francis qui bat la campagne avec...), le 883 offre un minimun de confort grâce aux amortisseurs de Dyna Sport et à la selle "slim" mais coquette avec son liseré de même couleur que la carrosserie.
Au menu également, du gros frein avec un Beringer six pistons et même s'il n'y a pas encore de radars fixes sur les chemins de terre, un mini compteur de chez Zodiac.
Une belle petite machine, histoire de voir si l'aventure est au bout du chemin. Dans tous les cas, à son guidon, pour Céline, le bonheur est dans le pré !

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